J’entends régulièrement, lors de bilan ou d’échanges téléphoniques, des personnes me dire « mais je vous jure, j’ai tout essayé, j’ai vu 6 éducateurs canins, 4 comportementalistes, j’ai essayé plein de méthodes, et j’en suis toujours au même point« . Bien que ce sentiment de frustration et de découragement soit presque inhérent à l’éducation ou la rééducation de notre chien, il est important de faire un pas de recul pour y voir plus clair. J’espère vous aider à trouver des pistes et vous redonner un peu d’espoir avec cet article ! Bonne lecture.

Vous avez dit faux-départ ?
Une des raisons très courantes qui expliquent ce sentiment de stagnation en éducation canine est ce que j’appelle « le faux départ« . Ce sont différents points qui n’ont pas été façonnés ou pris en compte correctement avant même de commencer à travailler, vous promettant une suite semée d’embûches à Fido et vous. Ce faux-départ peut prendre plusieurs formes :
Des besoins non comblés
Souvent, les problèmes comportementaux mettent en lumière des besoins qui ne sont pas comblés. Je vous invite à lire en premier lieu mon article sur les besoins des chiens. En effet, avant même de démarrer son éducation ou sa rééducation, il est primordial de vérifier que le bien-être global de votre poilu soit respecté. Rappelez-vous que chaque chien est différent, ce sont des êtres vivants comme nous : si Jacques pète la forme au bout de 7h de sommeil, Pierre aura besoin de 9h et d’un café pour travailler correctement. Si Jeanne se porte très bien avec 30min de marche par jour et 3h de mots croisés, Aurélie aura besoin de son footing d’1h quotidiennement pour se sentir bien. Les quotas de dépenses etc de nos poilus varient selon chaque individu. La meilleure façon de le savoir, c’est d’observer, et de tester !

Un comportement incompris
Avant de s’attaquer à la résolution d’un problème comportemental, la première chose à faire est de comprendre ce comportement de manière la plus précise possible, et sans interprétation. Quel est le comportement que vous observez exactement ? (aboiement, traction en laisse, crête relevée, chien qui ne répond plus du tout,…) A quel moment / que s’est-il passé juste avant ? (Après un repas, à la vue d’un stimuli à X mètres environ, quand je change de pièce…) Depuis quand ce comportement est-il apparu ? Comment réagissez-vous dans cette situation ? Et si vous changez X ou Y paramètre ? (chien ignorant en face, décaler l’heure du repas, prendre une laisse plus grande, être avec lui dans le jardin…).
Cet état des lieux est souvent bâclé ou mélangé à nos interprétations personnelles (« il est têtu », « il est surexcité »,…).
Mon conseil ?
Faites un tableau ou tenez un journal pendant environ 3 semaines au moins, sur lequel vous noterez la réponse aux questions posées juste au dessus lorsqu’elles sont pertinentes à votre cas. Le plus dur ici est de rester neutre et factuel, d’avoir un oeil uniquement observateur, et de s’y tenir. Se munir d’une caméra en intérieur ou d’une caméra portative en extérieur se révèle souvent particulièrement utile pour pouvoir observer des détails qui nous échappent sur le moment.
Il peut être nécessaire d’aller voir un vétérinaire comportementaliste pour vérifier également que le problème ne vient pas d’une douleur ou maladie spécifique que l’on ne voit pas forcément (oui, les douleurs chez les chiens ne sont aussi explicites que les douleurs humaines. Si vous avez mal au ventre, vous allez probablement vous allonger ou vous plier en 2, là où un chien peut devenir agressif quand on l’approche ou se mettre à détruire). Le Dr Laure Bonati, à la clinique des Alouettes de Nanterre (92), excelle en médecine du comportement.
Des objectifs irréalisables
Un de nos devoirs en tant que gardien de chien est de comprendre notre poilu pour savoir ce que vous pouvez attendre de lui ou non. Vous devez prendre en compte les spécificités de son espèce, de sa race, et de son individualité.
Demander à un chien de rester au pied pendant toute la balade, d’avancer au même rythme que nous sans prendre le temps de faire des odeurs, de ne jamais rien dire quand les enfants lui tirent la queue… sont des attentes qui ne sont pas atteignables. Parce que ce sont des êtres vivants d’une espèce différente de la nôtre, avec des besoins différents, une façon de communiquer différente, un rythme différent… et que leur demander de se ranger gentiment dans la case « chien = obéissant quoi qu’il en coûte » est une attente inadéquate et qui ne génèrera que frustration pour tout le monde.
Alors prenez le temps de connaître votre poilu, de le comprendre, de combler ses besoins… puis posez-vous des objectifs cohérents, adaptés, réalisables. J’ajouterai également que certaines demandes ne peuvent tout simplement pas être réalisables au vue de l‘état de santé et de l’état mental de votre chien.

Un plan d’action inadapté
Vous l’aurez compris, un comportement incompris ou mal analysé entraîne très souvent un plan de travail biaisé.
Si j’estime que mon chien est têtu parce qu’il ne veut pas s’asseoir quand je lui demande en extérieur, je peux passer à côté du fait qu’il a peut-être simplement froid aux fesses et forcer le comportement. Forcément, Toutou mettra plus de temps à s’asseoir que quand je lui demande sur le canapé (dans ce cas, je peux changer un paramètre en posant un tapis dehors pour vérifier cette hypothèse).
Si j’estime que mon chien est désobéissant parce qu’il ne répond pas au rappel dès qu’il voit une biche, peut-être que je vais aller jusqu’à lui mettre un collier électrique (appareil inutile soit-disant passant, le chien s’habitue à la douleur et sait la contourner). Or, la prédation est un comportement qu’on ne peut pas éteindre (donc le collier électrique tu peux l’éteindre) mais avec lequel on travaille : on substitue la proie qu’il doit lâcher par une fausse proie contrôlée par nous-mêmes (vive les tugs en fausse fourrure), pour qu’il puisse exprimer son instinct de prédation tout en revenant à moi.
Si mon chien détruit pendant mon absence, je peux être tentée de penser qu’il s’est vengé que je sois partie, et donc le punir quand je rentre en le mettant face à ses bêtises pour y remédier. Bon, je vous la fais courte… il recommencera le lendemain.
Une méconnaissance des goûts de votre poilu
Pour encourager Poilu à reproduire un bon comportement, il faut que celui-ci soit suivi d’un renforçateur adapté à l’exercice en lui-même et à votre poilu.
Est-ce qu’il préfère les bouts de knackis ? Le kiri ? Les friandises sèches ? Est-ce qu’il préfère qu’on lui lance dans la bouche, qu’on lui pose entre les pattes, qu’on lui étale au sol ou lui fasse chercher dans l’herbe ?
En termes de jeu, est-ce qu’il préfère une corde ? Un doudou en particulier ? Qu’on lui coure après ? Qu’on lui lance ? Qu’il ait l’impression d’avoir volé quelque-chose-d’interdit-mais-que-vous-lui-avez-laissé-exprès ?
Est-ce que ses goûts changent régulièrement et qu’il se lasse vite ?
Connaître la réponse à toutes ces questions est essentiel pour renforcer correctement et donc progresser.
Attention : on parle des goûts de votre chien, pas de ce que vous vous estimez « bien » pour votre chien. Par exemple, la caresse sur la tête est rarement appréciée, surtout en extérieur.

L’incohérence, votre pire ennemi
Rappelez-vous que les chiens sont des êtres vivant dans un monde créé par l’humain, compris par l’humain, géré par l’humain, parlé par l’humain… faire preuve d’incohérence supplémentaire dans les attentes que nous avons à l’égard de nos poilus n’arrangera pas votre situation.
Un des aspects non négociables de l’éducation canine est la cohérence. Vous devez avoir :
• une demande claire, précise, réalisable.
• des critères de réussite précis (couché = les coudes au sol / regarde-moi = regard dans les yeux, pas sur mon menton…)
• une conséquence à un comportement (friandise, jeu, on rattache…) qui sera toujours la même selon le comportement en question.
Par exemple : si mon chien tire en laisse, je vérifie que ma demande est réalisable (besoins comblés ? longueur de laisse suffisante ?…), précise (tu peux avoir une laisse tendue, mais pas de traction). Si je décide de m’arrêter quand mon chien tire en début de balade, mais que je finis par le laisser accéder aux odeurs en tirant le reste du temps, je risque d’être frustrée par nos résultats à termes. Pareillement, si je souhaite lui apprendre le rappel, et que le lundi je lui dis « Fido, viens », le mardi « Fido, au pied », le mercredi « Fido, ici »… les résultats seront peu probants.
La récompense doit également être cohérente : si vous travaillez un exercice de calme, vous n’allez pas récompenser ce comportement en réexcitant Fido avec un jeu mais plutôt avec une friandise posée calmement entre ses pattes. Si vous travaillez le rappel face à des congénères, le jeu sera probablement une récompense plus adaptée.
Mon conseil ?
Faites-vous des schémas mentaux comme celui-ci par exemple.

L’irrégularité, cette bête noire
Je suis sûre que vous avez déjà été touché par cette maladie. Le manque de temps et/ou d’énergie, gérer les enfants, le travail, les autres animaux, la santé parfois… le quotidien a une fâcheuse tendance à nous surmener. Toutou en pâtit, et vos progrès aussi. Bien souvent, les problématiques comportementales de Médor nous épuisent aussi.
Or, la répétition et la régularité sont des non-négociables absolues en (ré)éducation canine. Il n’y a pas de remède miracle, pas de baguette magique, et pas d’éducateurs canins magiques non plus. Même si vous êtes suivi(es) par un professionnel qui vous donnera les clés nécessaires, la seule personne qui pourra réellement changer votre quotidien à votre poilu et vous, c’est vous. Quelques minutes d’exercices d’éducation suffisent par session, mais celles-ci doivent être quotidiennes.
Mon conseil ?
Introduisez vos minutes d’éducation avec Médor dans votre routine de sorte à ce que vous ne perdiez ni trop de temps, ni trop d’énergie à vous y mettre : pendant que le café coule, que les pâtes cuisent, avant de partir vous coucher, avant ou après chaque balade… 3 fois par jour, 2 minutes par session, est un objectif clair, précis, cohérent et réalisable 🙂
La paquoi ? La patience ?
Vous souvenez -vous des cours de maths pendant tout votre cursus scolaire ? Vous avez d’abord dû apprendre à quoi ressemble le chiffre 1, puis qu’il est suivi du 2, puis que 1+2 = 3, puis les multiplications… Les nouvelles connexions neuronales effectuées dans votre cerveau sont le résultat de répétitions et de patience. De la même manière qu’un professeur de mathématiques ne peut pas demander à un CP de résoudre une inéquation logarithmique, vous ne pouvez pas demander à votre chien de tout comprendre et tout appliquer en une semaine. L’éducation canine et la rééducation canine durent souvent plusieurs mois (à condition que vous ayez respecté mes conseils ci-dessus).
Généraliser vos apprentissages
J’entends très souvent mes clients me dire « oui, il a du rappel, sauf quand… ». Ou bien « il sait quand il est en exercice et quand il ne l’est pas », ou encore « il n’écoute que si j’ai une récompense ».
Très souvent, cela traduit un manque de généralisation dans les apprentissages, c’est-à-dire un manque de transfert entre les apprentissages faits dans une situation précise à diverses autres situations, introduisant également des distractions. Attention, ce transfert ne se fait pas de manière magique : voici comment le faire correctement.
• Changer d’environnement progressivement : on peut commencer par faire les séances dans le salon salon, puis quelques jours après dans la cuisine, puis au garage, au jardin…
• Les distractions doivent être introduites petit à petit, de sorte à ce que le chien soit presque toujours en réussite. On peut commencer par mettre une bande son pendant qu’on fait un exercice par exemple, ou demander à quelqu’un du foyer de passer simplement à quelques mètres pendant qu’on demande un rappel en intérieur.
• Lorsqu’on introduit une distraction et que Toutou réussit l’exercice, vous devez récompenser plus fortement que s’il n’y avait pas eu de distraction.
• Vous devez rester + intéressant que la distraction. Si vous demandez à un chien de troupeau de rester assis en échange d’une friandise de faible valeur alors que la distraction consiste à lancer un ballon à toute vitesse, le dit chien de troupeau qui vit pour gérer le mouvement vous enverra gentiment paître, vous et votre friandise.
• Les ratés font partie du progrès. Ils doivent être minimisés, mais ils restent normaux et sont une source précieuse d’information sur les limites de vos apprentissages et vos progrès.
Pour conclure…
L’éducation canine nécessite d’appliquer un ensemble d’outils (compréhension, régularité, cohérence, patience…) qui sont complémentaires et indissociables. Bien souvent, nous perdons plus d’énergie à supporter les problèmes comportementaux de nos poilus (qu’ils subissent aussi pour la plupart des cas) qu’en mettant le nécessaire en place pour progresser. Alors, prenez le temps de vous poser avec cet article et un bout de papier, et notez tout ce que vous pouvez revérifier ou modifier dans votre plan de travail initial. N’ayez pas peur de repartir de 0, de reprendre ce que vous pensiez acquis. N’hésitez pas également à vous faire accompagner par un professionnel à jour de ses connaissances et bienveillant.
Le jeu en vaut la chandelle, je vous le promets.





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